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Dany Bocandé : «Pour mon père, le Sénégal passait toujours avant moi en sélection»

« Les gens se trompent en pensant qu’on me faisait des cadeaux en équipe nationale. Mais pour mon père, le Sénégal passait avant moi. Et je marquais pour montrer que je n’étais pas là à cause de lui, mais grâce à mes qualités. », a fait savoir l’ancien joueur du Casa Sports, par ailleurs ancien attaquant de la sélection U23 qui est revenu dans un long entretien avec sur son parcours au FC Metz, en équipe nationale du Sénégal et sur sa reconversion. 

Invité de « Gazon Neutre » du photographe international, Alain Djiboune, Daniel Bocandé s’est donné à la réponse de nos différentes questions lors d’un Live Instagram. De ses débuts dans le Navétane à sa reconversion, Dany a évoqué les difficultés auxquels il était confronté avec certains entraineurs qui lui ont fait payer les différends qu’ils avaient avec son papa, la légende du football Jules François Bertrand Bocandé (Ndlr : ex-capitaine du Sénégal, meilleur buteur du championnat de France en 1986). Grandi en Casamance, Dabiel Bocandé a commencé le football dans les rues de son quartier, avant de connaitre le haut niveau sénégalais avec l’ancien club de son père, le Casa Sports où il s’est révélé dans les années 2000. Des souvenirs d’une région qu’il garde encore en mémoire.

« La Casamance est une région où tout le monde se connaissait. Là-bas, les gens m’aimaient beaucoup et je prouvais aussi sur le terrain. Il y avait Ibrahima Diédhiou, Basile de Carvalho et moi après. Je voulais prouver à chaque fois, pour que personne ne dise que je suis le fils de Jules Bocandé et c’est la raison pour laquelle j’étais à un tel niveau. », a fait savoir Daniel Bocandé qui se souvient encore de ses premiers pas dans le Navétane. « J’ai fait beaucoup de bonnes choses à l’ASC Tabanka. C’est là-bas que j’ai vraiment appris les bases du football, avant d’aller au Casa Sports. J’ai été meilleur buteur et j’étais dans une bonne équipe à l’époque. »

FILS DE BOCANDE, LE POIDS DU NOM DE SON PÈRE

Révélé au Casa Sports (Ndlr : Ligue 1 / Sénégal), Daniel Bocandé s’est fait son nom, malgré la l’histoire que son père a écrit à son époque. De l’ASC Tanbanka de Boudody (Ndlr : Equipe d’un quartier de Ziguinchor) au FC Metz, Dany n’a pas connu la carrière facile comme on l’aurait imaginé. « Etre le fils de Jules François Bocandé a été bénéfique, mais le nom de mon père m’a aussi apporté des inconvénients au début de ma carrière à Metz. Le passé de mon père m’a permis d’être connu et de franchir certaines portes, mais cela m’a aussi fait subir beaucoup de coups que je ne comprenais. », a fait savoir l’ancien international sénégalais qui a connu les débuts prometteurs, avant de tomber dans une guerre dont il était innocent.

International olympique, Bocandé fils avait failli envoyer le Sénégal aux Jeux Olympique d’Athènes avec la belle génération de Abdou Kader Mangane (Neuchatel / Suisse), Ibrahima Diédhiou (Casa Sports puis Paris Saint-Germain / France), Abdou Lahad Sylla (Jaraaf), El hadji Madior Ndiaye (Douanes), Pape Waigo Ndiaye (Hellas Vérone), Pape Amadou Diouf (Jeanne d’Arc), Badara Sène (Sochaux / France), Ousseynou Ndiaye (Aldo Gentina), Mouhamed Adama Sarr (Milan AC), Pape Bakary Camara (Douanes), coachée par Abdoulaye Sarr et Mayacine Mar. Les Lionceaux étaient bien partis pour disputer les premiers Jeux Olympiques, après leurs succès (2-0) à Léopold Sédar Senghor avec la réalisation de Daniel Bocandé et un but contre son camp du défenseur nigérian.

Il fallait attendre le retour à Kano pour voir les sénégalais réduire leurs chances de regagner la capitale Grecque. Ils rentrent avec une défaite (2-0), dont le bourreau fut Endurance Idahor, synonyme de la perte de la première place du classement de la poule A après un goal-average (+3 contre +1) à l’avantage du Nigéria.

L’obligation de s’imposer face à la Tunisie était en ligne de mire, mais les chances étaient minces pour une première qualification, puis que les « Flying Eagles » étaient plus que jamais prêts à finir en tête du classement final. Un parcours au gout d’inachevé que Bocandé fils n’oublie pas. « Au Sénégal, même quand je marquais des buts en sélection, les gens me posaient les mêmes questions sur mon père. « Dany, ne pensez-vous pas que vous êtes là grâce à votre père ? » On me répétait cette question à chaque fois si, alors que je faisais mes preuves dans l’équipe.

Certains ne voyaient plus mes performances. Ils mettaient toujours l’accent sur mon papa. », se souvient l’international olympique qui s’était fait révéler lors de la rencontre amicale entre l’équipe nationale du Sénégal et le Casa Sports, au Stade Aline Sitoé Diatta, au lendemain de la Coupe d’Afrique des Nations 2002. Une rencontre qui lui avait valu des essais à Metz, où il s’est retrouvé quelques années plus tard.

MATCH AMICAL CASA SPORTS – EQUIPE NATIONALE AU LENDEMAIN DE LA CAN 2002…

Après la brillante prestation à la Coupe d’Afrique 2002, les Lions du Sénégal avait effectué une tournée nationale. Débarqués à Ziguinchor, Aliou Cissé et ses potes avaient livré une rencontre amicale contre l’équipe fanion de la Casamance. Une occasion pour Daniel Bocandé de se faire connaitre du grand public.

« Après la Coupe d’Afrique 2002, les Lions avaient effectué une tournée dans certaines régions du pays. C’était la deuxième fois que mon papa devait me voir jouer dans un match. Ils avaient des échos sur mes performances, mais il n’avait pas beaucoup d’idées là-dessus. Je me souviens qu’il y avait Habib Bèye sur les côtés et je lui avais beaucoup déstabilisé ce soir-là.

C’est ce soir-là que mon papa à compris. Moi aussi, c’était une occasion pour moi de prouver à mon papa que j’avais des choses à démontrer. Et je me rappelle d’El Hadj Diouf qui m’avait appelé devant lui (Ndlr : son père Jules) pour lui demander pourquoi il m’avait laissé au Sénégal. Qu’il ne savait pas que j’étais un si bon joueur. », nous révèle l’ancien messin.

LES PREMIERS PAS AU FC METZ, L’ACCUEIL

Peu après, Daniel enchaîne avec le Casa Sports où il continuait sa progression. Cerise sur le gâteau, l’ancien joueur de l’ASC Tabanka réussit ses essais au club où son père Jules François Bertrand Bocandé avait fini meilleur buteur de la Ligue 1 française en 1986. Mon arrivée à Metz reste un moment inoubliable. L’accueil était chaleureux avec les gens que j’avais trouvé à l’aéroport.

Imaginez un jeune qui sort fraîchement du Sénégal et qui débarque là où son papa a fait des merveilles, c’est aussi une autre chose. Il y avait des conférences de presse par ci et par là. Je n’étais pas habitué cette façon de faire. J’étais hyper motivé. », souligne-t-il. Il y avait un coach du nom d’Albert Cartier qui était en entraîneur très sérieux. Il m’aimait bien et il me faisait confiance. Je me donnais à fond pour ne pas le décevoir aussi. Mais comme vous le savez, nul ne peut faire l’unanimité sur terre. Il est parti après. », nous rappelle Daniel qui n’oublie pas ses faces à la presse à l’époque où il était encore en équipe nationale U23.

L’on croyait même que c’était le début d’une nouvelle ère pour la succession de la légende Jules François. Mais Daniel se retrouve maladroitement dans une guerre qu’il n’a pas déclarée. « J’ai beaucoup souffert à Metz à cause du nom de mon papa. Je me souviens qu’il y avait un coach du nom de Jean Fernandez qui avait coaché mon papa à l’OGC Nice. Leurs relations étaient tendues à leur époque, d’après mon père. Il n’aimait pas des joueurs comme mon père qui aimait avoir un peu de liberté. Il avait fait savoir au Président de Nice de l’époque qu’il ne voulait pas garder Jules Bocandé.

Le Président du club lui avait répondu que s’il avait un choix à faire, c’est de conserver mon père. Il avait fini par se faire virer après. Et c’est lui qui était devenu le coach du FC Metz. Moi, j’ignorais toute cette histoire qui m’a été expliquée après par mon papa. Je me souviens du jour de sa présentation. Il avait déjà la liste de tous les joueurs. Il avait vu le nom Bocandé et il avait compris que c’était le fils à Jules.

Quand il était arrivé dans les vestiaires, il avait donc posé la question de savoir qui était Daniel Bocandé ? J’avais le numéro 24, Momar Ndiaye avait le numéro 23 et il y avait aussi Dino Djiba qui gardait encore ses dreadlocks. Il nous confondait, Dino Djiba, Momar et moi. Quand il avait posé la question de savoir qui était le fils de Jules, je me suis dit que c’est peut-être une bonne chose. Malheureusement, c’était un cauchemar que j’allais vivre.

On était 22 footballeurs professionnels dans l’effectif. On devait jouer ce qu’on appelle communément deux camps (Ndlr : opposition de 11 contre 11). Il met un 11 d’un côté et 10 joueurs de l’autre et demande à ce que le préparateur physique parte avec moi effectuer des séances particulières. Je ne comprenais jusque-là pas ce qui se passait parce que j’ignorais ce qui était derrière tout ça.

Quand j’avais constaté que la même chose se répétait, j’avais pris mon téléphone pour exposer le problème à mon père pour en savoir un peu plus.  Mon papa m’avait pas dit ce qui se passait au départ. Il m’avait juste calmé comme tout père et son fils. Il m’avait dit de laisser tomber, que c’est comme ça etc. Et c’est après qu’il avait fini par m’expliquer ce passé qu’il a eu avec le coach. », nous révèle l’ancien joueur de Reading.

« Le coach (Fernandez) m’a fait vivre des choses que je ne peux pas vous expliquer en public, nous dit-il. Il avait même demandé à ce que je me rase la tête. Et c’est le coach adjoint du club qui avait entraîné Momar Ndiaye en équipe de jeune qui nous l’avait soufflé. J’avais fini par me faire couper mes dreadlocks juste parce que je ne voulais que jouer. J’étais le capitaine de l’équipe qui évoluait en CFA et je marquais souvent des buts.

Il m’avait fait subir ce calvaire pendant deux saisons. Je ne faisais que des séances physiques », a poursuivi Daniel qui a été confirmé par l’ancienne révélation du Challenge Mandela, Momar Ndiaye qui suivait le Live Instagram. « Contre Tunisie (Ndlr : éliminatoires Jeux Olympiques Athènes 2004), le FC Metz avait reçu le fax de ma convocation en équipe nationale U23.

Le Président Molinari avait tenu au courant le coach en lui demandant pourquoi il ne me faisait pas pas jouer avec l’équipe professionnel alors que je montrais mes preuves avec l’équipe CFA et qu’il avait donné du temps de jeu à tout le monde sauf moi. Il lui avait dit qu’il ne fallait pas que je parte en sélection, qu’il allait me faire jouer le match d’après, contre Nice en Coupe de France.

Je me souviens que j’avais appelé mon papa et le coach Abdoulaye Sarr pour leur faire savoir que je n’allais pas pouvoir jouer le match face à la Tunisie parce que le coach Jean Fernandez m’avait sélectionné et que j’allais jouer mon premier match en pro, mais que j’allais être là, au prochain match du Sénégal. Quand on était arrivé, il n’y avait pas mon nom parmi les titulaires. Il avait mis Ludovic Obraniak et quinze minutes après, il me demande d’aller m’échauffer. Je vous assure que je m’étais échauffer pendant tout le match sans entrer en jeu. », se rappelle encore Bocandé fils.

LA COUPE D’AFRIQUE 2004…

Après son beau parcours avec la sélection nationale olympique du Sénégal, Daniel Bocandé était pressentie pour renfoncer l’équipe nationale A, en partance pour la Coupe d’Afrique 2004. Mais, le jeune Lionceau devait aussi entrer dans une guerre qu’il ignorait totalement.

« A l’époque, si vous regardez, toutes les sélections africaines prenaient leurs meilleurs espoirs en équipe A. Je me rappelle que le Nigéria avait cinq ou six de ses jeunes joueurs dans sa liste. En équipe nationale du Sénégal, il y avait Thiakaar (Ndlr : Ibrahima Diédhiou, ex-milieu de terrain du PSG) et moi qui auraient été pressentis.

J’étais le buteur de la sélection olympique et ce que Ibrahima Diédhiou faisait en sélection olympique était extraordinaire. On devait donc être dans la liste pour la Coupe d’Afrique, ai-je appris plus tard. Les choses avaient été déformées après, mais ils avaient même expliqué à mon père que j’allais partir à la Coupe d’Afrique 2004 en compagnie d’Ibrahima Diédhiou.

Moi, j’ai appris toute cette histoire après. Ce que les gens oublient, c’est que, pour mon père, l’équipe nationale passe toujours avant moi, et je me donnais à fond en marquant pour montrer que j’étais là par mérite. Et ça, tout le monde le sait. Mon papa avait des propositions de clubs en Europe où il pouvait entraîner, mais il aimait tellement le Sénégal qu’il refusait toujours les offres. »

A-T-IL DES REGRETS ?

Des débuts prometteurs à la fin de carrière à Louhan-Cuiseaux, Daniel Bocandé ne garde pas de regrets même s’il aurait souhaité que tout se passe comme il l’aurait souhaité. Mais il relativise et garde aussi le côté positif de son destin. « Pour d’aucuns, je négligeais ma carrière. Mais quand vous arrivez ici et que vous évoluez en DH, vous rentrez au Sénégal et que les gens vous prennent pour un pro alors qu’il vous reste encore du chemin.

Donc, celui qui arrive à signer en professionnel ne peut qu’être un travailleur. Vu d’où je venais, je ne pouvais pas négliger ma carrière. C’est mon destin. J’ai eu la chance d’être footballeur pro et de bénéficier des privilèges du monde professionnel à une certaine période. Il y a au Sénégal des gens qui étaient plus talentueux que moi et qui n’ont pas pu y arriver. C’est pourquoi que prends tout avec philosophie. E je rends grâce à Dieu. », a rappelé Dany qui nous fait savoir que nul ne peut prévoir son destin.

SA RECONVERSION

Le problème, c’est que tout allait être plus facile si j’avais obtenu un certain nombre de sélection en équipe nationale. Mais je peux entraîneur jusqu’à un certain niveau. J’ai récemment crée une académie avec Momar Ndiaye et Dino Djiba à Metz. J’entraine là-bas et j’espère qu’après le Coronavirus, j’aurai le temps de discuter avec les gars. On espère créer une équipe de jeune. », nous rappelle le nouveau musicien. Pour la musique, c’est juste une passion. Comme tous les sportifs, j’aime la musique.

C’est lors d’un délire avec Momzé (Ndlr : Momar Ndiaye, ex-international sénégalais et ex-attaquant du FC Metz) qu’on a essayé de chanter. On s’est dit qu’il faut l’enregistrer et on ne s’entendait pas à ce succès. Mais les choses commencent à vraiment être sérieux. Je n’ai pas renoncé à devenir entraîneur. Non, je passe mes diplômes. Par rapport au métier d’agent, j’y suis. Je travaille depuis quelque temps avec Ibrahima Sonko (ex-défenseur international sénégalais et ex-joueur de Reading) et j’espère que les choses vont avancer. », nous révèle à nouveau Daniel Bocandé.

Source : Interview réalisée par Chérif Sadio, Paris. Reproduire cet article sans citer la source est synonyme d’infraction. Merci.

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