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La détention de Guy Marius Sagna ou la « démon-cratie » sénégalaise

Si l’on définit la « démocratie » comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité. Une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre.

Il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d’admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés. La vérité dans ce jeu de mots dupérique de ce que j’appelle « démon-cratie », il faut savoir que pour employer le langage aristotélicien, un même être ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport, nous apprend Réné Guénon selon qui il y a là, une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribué eux-mêmes.

Arrêté en compagnie de ses camarades activistes, lors d’une manifestation aux abords du palais de la République, Guy Marius Sagna est toujours maintenu en prison. Ses co-détenus libérés, le défenseur des causes négligées enregistre tout de même du soutien de la part des organisations de la société civile. Le Forum Civile, Amnesty International, Y’en a marre etc., enchaînent les marches pacifiques pour exiger sa libération. Mais la justice semble ne pas comprendre le cri des manifestants.

Souvent taxée de soumission au pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire est de plus en plus décrié par une partie des sénégalais, d’où le questionnement sur la santé de la démocratie sénégalaise à l’heure actuelle. La grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même. Et bizarrement, le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel ». C’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi, mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier. On peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé. Nous ne savons plus qui a parlé de « fabriquer l’opinion », et cette expression est tout à fait juste, bien qu’il faille dire, d’ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat.

Cette dernière remarque donne sans doute la raison pour laquelle l’incompétence des politiciens les plus « en vue » semble n’avoir qu’une importance très relative. Mais, comme il ne s’agit pas ici de démonter les rouages de ce qu’on pourrait appeler la « machine à gouverner », nous nous bornerons à signaler que cette incompétence même offre l’avantage d’entretenir l’illusion dont nous venons de parler. C’est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l’émanation de la majorité, étant ainsi à son image. Car, la majorité, sur n’importe quel sujet qu’elle soit appelée à donner son avis, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause, apprend-on dans le chapitre VI, intitulé « Le chaos social, dans la Crise du Monde Moderne » de René Guénon, paru en 1927.

Le Sénégal a longtemps été cité comme exemple de démocratie. Mais ce dernier ne se limite en réalité que dans la transition pacifique du pouvoir. Sinon, les chefs d’Etats qui se sont succédés à la tête de ce pays ont toujours réussi à manipuler la justice pour mettre en prison leurs « poisons ». Et Macky Sall à l’image de ses prédécesseurs (NDLR : Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade) n’est sans doute pas resté indifférent face à ce jeu politique. L’ancien Maire de Fatick est pris pour instigateur de la détention de l’opposant Khalifa Ababacar Sall, récemment libéré, après les élections présidentielles. De quoi se permettre des doutes sur la main cachée du locataire du palais de la République du Sénégal.

Dans les aperçus sur l’initiation intitulés les limites du mental du même auteur, il y est dit que celui qui s’attache au raisonnement et ne s’en affranchit pas au moment voulu, demeure prisonnier de la forme, qui est la limitation par laquelle se définit l’état individuel. Il ne dépassera donc jamais celui-ci, et il n’ira jamais plus loin que l’extérieur. C’est-à-dire qu’il demeurera lié au cycle indéfini de la manifestation. Il faut aussi savoir que le passage de l’extérieur à l’intérieur, c’est aussi le passage de la multiplicité à l’unité, de la circonférence au centre, au point unique d’où il est possible à l’être humain, restauré dans les prérogatives de l’état primordial, de s’élever aux états supérieurs et, par la réalisation totale de sa véritable essence, d’être enfin effectivement et actuellement ce qu’il est potentiellement de toute éternité.

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